Londres -- La Française Marion Bartoli, 19e mondiale, a créé une des plus grosses surprises de l'histoire de Wimbledon en sortant hier la Belge Justine Henin qui apparaissait comme la grande favorite pour remporter le seul tournoi du Grand Chelem qui manque à son palmarès.
Bartoli sera la mieux classée des deux finalistes mais pas la favorite. L'Américaine Venus Williams, qui a écrasé la Serbe Ana Ivanovic 6-2, 6-4 pour se qualifier pour sa sixième finale londonienne, ne doit sa modeste tête de série (23) qu'à une blessure qui l'a éloignée des courts cet hiver.
Mais que peut craindre Bartoli, qui avait sorti en huitièmes la troisième joueuse mondiale, la Serbe Jelena Jankovic, et qui a joué un tennis de rêve dans les deux dernières manches de sa demi-finale?
Certes, la Française avait impressionné par sa puissance, surpris par ses coups joués à deux mains «à la Monica Seles». Mais sa mobilité semblait rédhibitoire contre la Belge et elle était bien la seule à penser pouvoir inquiéter la no 1 mondiale.
Ce que semblait confirmer le premier set, remporté 6-1 par la Belge qui enchaînait en prenant le service de la Française. Mais alors que Bartoli haussait son niveau de jeu, celui de Henin se détraquait, avec 27 fautes directes dans les deux dernières manches quand elle n'en avait commises que trois dans la première.
Henin se mettait à faire l'essuie-glace sur les coups de la Française qui passait 85% de premières balles, jouait «le meilleur tennis de sa carrière», et se prenait à monter au filet 21 fois dans les deux dernières manches, elle qui reste d'ordinaire en fond de court. «C'est comme si elle pouvait jouer les yeux fermés», raconte Henin pour qui, après deux finales perdues (2001 et 2006), Wimbledon reste maudit.
Mais la fête du tennis français ne s'est pas arrêtée là. Une heure après Bartoli, c'est Richard Gasquet, 12e mondial, qui battait celui qui apparaissait comme un obstacle de taille pour Roger Federer, Andy Roddick 4-6, 4-6, 7-6 (7/2), 7-6 (7/3), 8-6.
Le scénario a été semblable. Prenant le service du Français et s'appuyant sur sa mise en jeu surpuissante, Roddick, finaliste en 2003 et 2004, s'emparait des deux premières manches. Quand l'Américain a de nouveau fait le break dans la troisième manche, il a commencé à sourire, un tantinet fanfaron.
23 aces pour Gasquet
C'est le moment que choisissait Gasquet pour réussir à reprendre le service de son adversaire, sur sa première occasion. Il allait alors jouer un tennis de rêve et imiter Roddick au service avec un total de 23 aces, soit un de plus que son adversaire.
Le Français ne partira pas favori contre le maître des lieux Federer, vainqueur de Juan Carlos Ferrero 7-6 (7/2), 3-6, 6-1, 6-3. Le set perdu -- événement rarissime pour le Suisse à Wimbledon -- est moins imputable à la performance solide de l'Espagnol qu'au vent et à la nécessité de se remettre dans le rythme après son repos forcé d'une semaine.
L'autre demi-finale sera une revanche de celle de Roland-Garros entre Rafael Nadal et Novak Djokovic. L'Espagnol a impressionné hier contre le Tchèque Tomas Berdych, annoncé comme son bourreau et balayé 7-6 (7/1), 6-4, 6-2.
L'Espagnol a passé 77 % de premières balles, a été brillant au fond de court où son coup droit a fait des ravages (16 coups gagnants) et il s'est risqué avec bonheur au filet marquant 14 points sur 16 montées.
Il est désormais un joueur de gazon à part entière et bénéficiera sans nul doute de la fatigue du Serbe qui a mis cinq heures pour se défaire de Marcos Baghdatis 7-6 (7/4), 7-6 (11/9), 6-7 (3/7), 4-6, 7-5, au lendemain d'un premier marathon face à Lleyton Hewitt (4h12).
«Après 9h30 de jeu en deux jours, si vous êtes humain, vous ne pouvez pas être au top de votre forme», concède le Serbe.